les chevaliers de malte s'installent...

Pendant le moyen âge, la région relève de plusieurs seigneuries  notamment celle du Tournel et celle d'Anduze. au XIIème siècle un ordre militaire et religieux s'installe au hameau de Gap francès, devenu l'hôpital en référence à la présence des hospitaliers  de St. jean de Jérusalem appelés plus tard chevaliers de Malte...

Les croix de Malte, vestiges du Moyen-Age sur le mont Lozère


Situé à environ 8 km du Pont de Montvert, dans un paysage qui mérite la promenade, le hameau de L’Hopital, sur le mont Lozère, ne présente plus aujourd’hui de traces facilement identifiables de l’ancienne commanderie. Il en subsiste néanmoins les bornes et rochers de granite, gravés d’une croix de Malte, qui délimitaient ses terres, selon l’usage des ordres militaires au Moyen-Age.
Cette commanderie du mont Lozère, fondée en 1166 suite à une donation d’Odilon Guérin, seigneur du Tournel, appartenait aux hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem et dépendait du grand prieuré de Saint Gilles (Gard).
Ses bâtiments, pratiquement disparus, sont connus par des représentations anciennes. Les  Hospitaliers, constitués en ordre religieux en 1113 à Jérusalem, avaient pour occasion d’y assister les croisés, pèlerins, malades, faibles et pauvres sur les routes de pèlerinage en Terre Sainte. Leurs racines sont en Occident où ils disposent d’un réservoir d’hommes et de richesses, constituant leur base logistique, mais leur « gouvernement » est à Jérusalem. Ils s’implantent très tôt en Provence et créent d’immenses domaines. Beaucoup de croisées et de pèlerins confient leurs biens à l’Ordre avant de partir et ils ne reviennent pas toujours. Les commanderies sont de grosses exploitations rurales, gérées d’abord en faire-valoir direct, dont dépendent plusieurs membres. A partir de 1126, ils deviennent des « moines-soldats ». Après la perte de la Terre Sainte et la chute de Saint Jean d’Acre (1291), l’Ordre gagne Chypre, puis Rhodes (dont il est chassé en 1522 par Soliman). Charles Quint lui octroie Malte après le victoire navale de Lépante. Les Hospitaliers y restent jusqu’en 1798, prenant le nom de Chevaliers de Malte.
Le grand prieur de Saint Gilles avait Gap-Francès parmi ses « chambres » (commanderie attribuée avec ses revenus). Cette commanderie voit ses terres et ses immeubles augmenter jusqu’au XVème siècle. Son emprise foncière est alors grande avec ses dix « membres » répartis sur l’ensemble du Gévaudan : L’Hopital (le « membre-chef » de Gap-Francès), Altier, Le Bleymard, Le Limares, Paulhac, Les Estrets, Mende, Pierre-Fiche, St Sauverur de Ginestoux, Puech-Banassac. En même temps, les conflits commencent avec les seigneurs du Tournel (1220-1330) à propos des droits de pâture pour les transhumants, qui sont l’enjeu majeur de cette commanderie où viennent estiver les troupeaux de St-Gilles, La Crau, Camargue,…

Le domaine des Hospitaliers était composé d’une « réserve seigneuriale »(d’abord exploitée en faire-valoir direct), et de « tenures » concédées en emphytéoses (bails)perpétuelles aux habitants de la région. Tous les trente ou quarante ans, chaque « tenancier » (paysan) reconnaît dans son « terrier » (archives notariales) « ce qu’il tient du seigneur » et ce qu’il doit en retour (Archives du Grand Prieuré à Marseille). En 1444, 637 familles au moins relevaient de la commanderie de Gap-Francès. Les redevances en argent n’étaient pas très importantes, mais s’y ajoutaient celles en nature (dont près de 50 tonnes de cérales : avoine, seigle, froment et un peu d’orge) ainsi que tous les revenus monétaires tirés des droits de mutation, de succession, de justice. L’étendue de la « réserve » seigneuriale de Gap-Francès est connue grâce aux procès verbaux de bornage (bornes à croix de Malte), dont on a conservés les deux derniers (XVIIIème) (…) Si l’on s’en tient aux terres de la réserve, regroupées autour du membre-chef de Gap-Francès, près de 146 croix gravées (sur pierres rapportées ou directement sur des rochers) délimitaient les biens propres des Hospitaliers. A la Révolution, les biens deviennent propriété de l’Etat et tout le reste (bâtiments, terres ou montagnes) est vendu comme Biens Nationaux. Seules quelques croix de Malte et l’église de Frutgères (très remaniée) rappellent encore ces six siècles d’Histoire.
Source : Revue Cévennes « Un millénaire oublié » n°59/60/61, édité par le Parc National des Cévennes, auteures Isabelle Darnas et Geneviève Durand.

Mas Camargues

croix de Malte Mont Lozère

bellecoste mont lozere

Photos: Mas camargues, croix de Malte,

Bellecoste, près de l'hopital, dans la neige